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Du Ano-Sep d’hier au SEP d’aujourd’hui

En 1970, les femmes séparées ou divorcées constituent une très petite proportion de la population. Ces femmes sont fréquemment victimes de discrimination et se retrouvent très souvent isolées et sans ressource. Cet événement de vie est alors très mal vécu et plus souvent qu’autrement perçu comme un échec personnel et social. À l’époque, il n’existe à Montréal pratiquement aucune ressource pour les aider à faire face à leur nouvelle réalité.

Plusieurs femmes dans cette situation décident donc de se regrouper pour parler, échanger et partager. C’est ainsi que la grande aventure d’Ano-Sep (Anonyme-Séparée) commence! Ces femmes séparées et cheffes de famille monoparentale se rendent compte qu’elles ont besoin à la fois de se regrouper, mais également de s’adjoindre le soutien de divers spécialistes (avocatEs, psychologues, travailleuses et travailleurs sociaux) pour mieux affronter les problèmes particuliers engendrés par leur situation.

Il faut se rappeler qu’à cette époque, une femme seule à la tête d’une famille vit une multitude de problématiques sociales et personnelles : exclusion, discrimination, isolement, difficultés économiques, problèmes de santé physique et mentale, etc. Peu d’entre elles travaillent à l’extérieur de la maison et, par conséquent, peu sont salariées. Dans certains cas, les femmes se retrouvent sans aucun revenu, d’où l’importance d’un réseau d’entraide.

Ce petit groupe de femmes lance un appel dans le journal de quartier d’Ahuntsic. Aussitôt plusieurs femmes séparées se joignent à elles pour la première série de rencontres d’Ano-Sep. Ce premier groupe se réunit dans un local prêté par la paroisse St-Nicholas d’Ahuntsic. Le mouvement est autonome et les responsables sont des bénévoles. Les téléphones se font à partir des résidences des participantes. Les groupes d’entraide se mettent graduellement en place et réunissent de plus en plus de femmes. Ces rencontres se font avec le souci du respect de la vie privée et de l’anonymat de chacune.

En novembre 1971, l’association obtient sa Charte. Trois groupes fonctionnent alors à Montréal, dans les quartiers Ahuntsic, Rosemont et Centre-ville. Une série de rencontres est mise sur pied et dispensée par la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM). On y aborde les préoccupations majeures des femmes : aspects juridiques, budget, travail, relations parents-enfants, psychologie, sexualité, place du père, etc. Des soirées de partage et d’échange sont aussi organisées pour briser l’isolement des membres et créer une chaîne de solidarité et de soutien. Tout le travail est bénévole! Pour veiller à l’organisation, plusieurs comités sont formés : conseil d’administration, coordination, animation, téléphone, etc. Par le biais de ces comités, les femmes reprennent lentement du pouvoir sur leur vie, acquièrent de nouvelles compétences et se développent un nouveau réseau social. En décembre 1971, une artiste de Rimouski crée le premier logo d’Ano-Sep : un cœur divisé en quatre.

Thérèse-Patricia BilodeauIl devient vite urgent de trouver un local pour réunir en un seul lieu les différentes activités de l’association. C’est en 1973, grâce à un projet d’initiative locale, que le secrétariat permanent voit le jour sur la rue Saint-André. Six employées sont engagées dont Thérèse-Patricia Bilodeau, travailleuse sociale, qui deviendra la première directrice de l’organisme. Toujours en 1973, on crée le premier bulletin de liaison, « L’Oasis du bonheur », qui devient « Le Lien » quelques années plus tard. Fait à noter, le nombre de femmes qui font appel aux services d’Ano-Sep ne cesse d’augmenter alors que les ressources financières, elles, s’épuisent à vue d’œil!

FAFMRQEn 1974, afin d’obtenir une reconnaissance et un financement gouvernemental, Ano-Sep se joint au Carrefour des familles monoparentales du Québec qui œuvre en ce sens. Cette organisation devient ensuite la Fédération des familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) dont nous sommes encore aujourd’hui un membre actif.

L’archevêché de Montréal accorde une première subvention à Ano-Sep en 1976 et lui apporte une précieuse aide dans l’élaboration de sa demande de subvention à Centraide. En septembre, l’Éducation des adultes de Verdun lui accorde une subvention qui lui permet d’engager plusieurs personnes-ressources. En 1978, après plusieurs années d’attente, Centraide octroie une subvention à Ano-Sep qui non seulement assure sa survie, mais lui permet également de se développer.

Un service de halte-garderie est mis en place en février 1980. Il est offert gratuitement aux femmes lors de leur participation aux activités. Malheureusement (ou heureusement!), l’introduction des garderies à 5 $ met fin à ce service complémentaire. Cette année-là, Ano-Sep participe activement à une recherche intitulée « Pour des conditions de vie décentes visant à l’amélioration de la situation socio-économique des femmes monoparentales ».

Faute de financement et d’espace, Ano-Sep déménage trois fois de 1981 à 1988. En 1988, on trouve finalement les locaux qu’il occupe actuellement au Centre Jean-Marie Gauvreau de la rue Jean-Talon Est dans le quartier Villeray.

Re-Nou-VieDe 1984 à 1986, Ano-Sep est invité par Centraide à parrainer le projet d’implantation de l’organisme Re-Nou-Vie à Châteauguay. Au fil des ans, ce centre pour femmes monoparentales développe de nombreux services et activités. Aujourd’hui il constitue une ressource communautaire incontournable de la Rive-Sud.

Au cours des années suivantes, Ano-Sep continue de répondre aux besoins des femmes séparées et des cheffes de familles monoparentales grâce à l’aide de nombreuses employées engagées par le biais de programmes d’employabilité du gouvernement, femmes qui sont elles-mêmes séparées et/ou cheffes de familles monoparentales. En 1990, des ateliers portant sur l’autonomie affective, l’estime de soi et la créativité viennent s’ajouter aux groupes d’entraide de base offerts.


Équipe Bosman
De gauche à droite : Stéphanie Choinière, Yvette Bélanger, Claire Bosman, Diane Arsenault et Ginette Tessier.

Après 22 ans de bons et loyaux services, Thérèse-Patricia Bilodeau prend sa retraite en 1994. Elle est remplacée par Claire Bosman, déjà travailleuse de l’organisme, qui passe de l’intervention à la direction. Ano-Sep dévoile alors officiellement son nouveau logo.

ROCFMEn 1998, l’organisme devient membre du Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal (ROCFM) afin de participer à la défense des droits des familles.

Les subventions accordées par Centraide, la Conférence religieuse canadienne et la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Québec permettent de maintenir une stabilité tant au niveau du secrétariat que du personnel. Plusieurs dons privés de matériel informatique et de bureautique contribuent à l’amélioration des conditions de travail.

Laurence Lagouarde, 2007En 2002, Claire Bosman commence à songer à la retraite. Des démarches sont entreprises pour lui trouver une remplaçante. Une année plus tard, Laurence Lagouarde est engagée pour lui succéder. Issue du milieu des groupes de femmes, elle connaît bien la réalité des femmes séparées et cheffes de familles monoparentales. Plusieurs défis de taille l’attendent! Ano-Sep existe alors depuis 32 ans; la réalité des femmes séparées et monoparentales a bien changée, les lois et normes sociales également. Le temps est venu pour Ano-Sep de se resituer, de se restructurer, de se repositionner. Ce travail de planification stratégique est entrepris avec l’aide financière d’Emploi-Québec et est réalisé grâce à une belle collaboration entre l’équipe de travail, le conseil d’administration et la direction.

En 2006, nous pouvons dire « mission accomplie »! Ano-Sep a réussi sa réactualisation; l’organisme est maintenant connu sous le nom de SEP - Service d’Entraide Passerelle. Cette longue démarche aura permis de bonifier les services et activités de l’organisme sans les détourner de la mission originale. Le SEP offre encore et toujours support et entraide aux femmes et aux mères monoparentales de Montréal et de la grande région métropolitaine vivant des difficultés en lien avec la rupture de couple et le divorce : information et référence, rencontres individuelles, cliniques d’information juridique, accompagnement, activités d’entraide, ateliers-conférences, cafés-rencontre, animation d’activités et de formations à l’externe.

Le SEP est aujourd’hui reconnu comme un pilier du secteur communautaire en matière de séparation et de monoparentalité féminine de la grande région de Montréal. D’ailleurs, nos partenaires d’hier nous restent fidèles et continuent de nous soutenir dans l’actualisation de notre mission.

Nous rejoignons maintenant les femmes qui ont besoin de nos services partout où elles se trouvent en allant présenter nos activités de groupe dans divers organismes s’adressant aux femmes et aux familles de la région de Montréal. Depuis 1971, des milliers de femmes sans distinction d’âge, d’origine ethnique, de religion ou de conditions socio-économiques ont bénéficié de nos services et participé à nos activités leur permettant de reprendre leur chemin là où il s’était arrêté au moment de leur rupture. Elles ont trouvé au SEP une écoute réconfortante, une ouverture d’esprit, des services, des activités d’entraide et d’accompagnement qui les ont aidées à faire leurs choix, à se sensibiliser, à se conscientiser et ainsi à participer à la transformation de la société québécoise. Leur ténacité, leur persévérance et leur courage a contribué à faire du SEP ce qu’il est aujourd’hui : un organisme communautaire plus vivant que jamais.

Tout au long de ses nombreuses années d’existence, le SEP a appuyé plusieurs causes et a participé activement à l’avancement de plusieurs dossiers concernant les femmes séparées et les familles monoparentales et continue de le faire : logements à prix modiques; partage des biens lors de la séparation; encadrement juridique des conjoints de fait, pensions alimentaires; mouvement contre le violence faite aux femmes; équité en matière d’emploi; lutte contre la pauvreté et l’exclusion; meilleur accès à l’aide juridique, etc. Même si plusieurs victoires ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des femmes séparées et monoparentales, il reste encore bien du chemin à faire. Monoparentalité rime hélas encore trop souvent avec pauvreté, précarité et discrimination. Notre mission demeure donc essentielle et actuelle. L’aventure débutée en 1971 se poursuit.


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