Je vous entends déjà me dire, « oh non, pas des chiffres, des tableaux, je n’y comprends rien ! ». Cette simple phrase vient bien illustrer la relation tendue que les femmes ont encore bien souvent avec l’économie. Mais au fait, de quoi parle-t-on quand on parle d’économie ? Dans le dictionnaire en ligne Reverso, au mot « économie » (qui est d’ailleurs un nom féminin singulier !) on retrouve plusieurs définitions :
• art de minimiser les dépenses dans la gestion de ses revenus; le résultat de cette action (faire des économies);
• ensemble des activités d'une collectivité qui produit, échange, vend;
• système gérant l'activité économique;
• science qui a pour objet les mécanismes et les systèmes économiques (science économique).
On peut constater en lisant ces définitions que ce mot renferme plusieurs concepts, du plus pratico pratique, au plus théorique. Mais attardons-nous au tout premier, celui qui réfère au fait de « faire des économies ». De tous temps les femmes ont développé une expertise incontestable dans ce concept et nous pouvons, sans fausse modestie, nous déclarer « les championnes » du comment faire des économies ! En effet, au début du XXe siècle, les femmes de la classe ouvrière devaient faire des miracles en gérant un budget de misère. Celles de la génération suivante vivaient avec un mari pourvoyeur et disposaient d’un modeste budget réservé pour l’achat des vêtements et de l’épicerie. Dans certaines familles, le mari prenait une part de l’argent et donnait le reste à sa femme pour les dépenses du ménage. Beaucoup de femmes cousaient ou rapiéçaient les vêtements de la famille, troquaient, courraient les friperies et les aubaines.
Elles réussissaient avec l’argent ainsi économisé à offrir aux enfants une sortie spéciale ou encore des vacances en dehors de la ville.
Une citation de l’historienne Denyse Baillargeon, auteure de Ménagères au temps de la crise (Remue-Ménage, 1991), illustre bien cette période : « À l’époque de nos grands-mères, les femmes tenaient les cordons de la bourse… seulement si la bourse ne pesait pas lourd ». Elle nuance cependant cette image de femme forte en mentionnant que : « Plus on monte dans l’échelle sociale, moins il est vrai que les femmes géraient les finances de la famille. Dans les milieux fortunés, ce sont les hommes qui s’occupaient des questions d’argent ».
Dans les années 60, seulement 17 % des femmes mariées travaillaient à l’extérieur du foyer. On est encore bien loin de l’autonomie financière ! Ce n’est qu’à partir des années 70 qu’elles accèdent tranquillement à leur autonomie. Si vous observez plus haut dans le texte les mots soulignés, vous remarquerez qu’il s’agit de mots associés à l’économie : gérer, budgéter, troquer, économiser. Les femmes bien avant de reconnaître le concept, faisaient bel et bien de l’économie ! Pas celle associé au pouvoir, aux affaires, à la bourse et aux actions, mais celle du quotidien ! D’ailleurs, encore aujourd’hui, elles savent se montrer inventives quand les rentrées d’argent ne suffisent pas. On les retrouve alors dans les coopératives d’habitation, les friperies, les cuisines collectives.
Femmes d’affaires…
Selon Statistique Canada, en 2003, 38,8 % des femmes de 19 ans fréquentaient l’université, comparativement à 25,7 % des hommes. Quatre ans plus tard, 60 % des diplômés universitaires au Canada étaient des femmes. Pour la première fois dans l’histoire du Canada, le nombre de femmes qui occupent un emploi surpasse celui des hommes. Si ces chiffres reflètent bien la longue mais constante progression des femmes dans la société, ils ne garantissent pas pour autant leur autonomie économique. En effet, même si l'écart des revenus entre elles et les hommes va en s'amenuisant, celles qui travaillent à temps plein ne gagnent encore, en moyenne, que 71,7 % du revenu de leurs collègues masculins. Elles n'ont donc pas la même capacité d'investir et/ou d’économiser. À ce jour, très peu de femmes accèdent à des postes de présidentes de grandes entreprises ou dans le secteur de la haute finance et que dire de la place des femmes en politique! Les modèles féminins de réussite économique sont malheureusement encore aujourd’hui trop rares et les femmes se retrouvent encore trop souvent confinées dans des emplois traditionnellement féminins.
La valeur de l’argent ...
Est-ce que ce n’est pas tout simplement le modèle de réussite économique tel qu’il est qui ne correspond pas au modèle souhaité par les femmes ? Une étude américaine réalisée par la Simmons School of Management auprès de 4 292 jeunes du secondaire démontre que 75 % des garçons – comparativement à 56 % des filles – choisissent l’obtention d’un bon salaire comme l’élément le plus important dans leur choix de carrière. Les filles, elles, accordent plus d’importance à la possibilité de pouvoir aider autrui dans leur futur emploi (73 % contre 55 %). L’image de la femme altruiste plus intéressée à faire le bien que de l’argent persiste encore même chez les plus jeunes. Moins de 10 % des filles ont d’ailleurs signifié leur intention de faire carrière dans le monde des affaires. Le modèle de la femme d’affaires calqué sur celui des hommes ne semble donc pas attirer une grande majorité de femmes. L’argent n’est clairement pas un but en soi, mais le moyen de pouvoir décider de sa propre vie, d’être libre en quelque sorte. Cette vision s’éloigne de celle, plus masculine, de l’argent-pouvoir, sans faire pour autant l’unanimité. Beaucoup de femmes ne se retrouvent pas dans celles qui se sont taillé une place dans le monde des affaires ou dans les hautes sphères de la finance.
Femmes, famille et argent…
Outre le manque de diversification dans les choix professionnels des femmes, la maternité a un impact considérable sur leur situation financière. Même si les femmes ont moins d’enfants et retournent plus rapidement après une grossesse sur le marché du travail qu’auparavant, il demeure qu’elles cumulent moins d’années d’ancienneté et d’augmentations salariales, bénéficient moins de mises à jour dans leur formation et ne cotisent pas autant que leur conjoint à leur REER. Toutes ces raisons devraient nous inciter à gérer notre situation financière et à mettre de l'argent de côté…ce qui n'est malheureusement pas souvent le cas.
Faire son budget et se protéger…
Préparer un budget est une activité peu prisée en général, et cela, sans égard au sexe (moins de 20 % de la population en ferait un). Pourquoi une telle réticence ? « C’est vu comme une contrainte qui oblige à faire des constats auxquels on aimerait mieux ne pas arriver », dit Caroline Arel, avocate et coordonnatrice de projet pour Option Consommateurs. Pourtant, il s’agit d’un outil de base pour gérer ses finances. Le budget permet de décider ce qu’on veut faire avec son argent et d’établir des priorités en fonction de ses valeurs.
Couple et argent…
Pas facile non plus de parler d’argent dans le couple ! Par manque de communication autour de cette question, plusieurs femmes se retrouvent complètement dépourvues quand survient une séparation ou encore un décès. Que ce soit en faisant un contrat de vie commune, qui comporte la liste des biens de chacun, le mode de partage des dettes et des dépenses, ainsi que les modalités concernant les enfants et la résidence familiale ou certaines ententes en cas de rupture ou de décès, mieux vaut se protéger ! De plus, il est important d’établir clairement la contribution financière de chacun aux dépenses du ménage. Encore trop souvent, les femmes continuent d’acheter l’épicerie, les vêtements, toutes des choses éphémères, tandis que leur conjoint, factures en main, possède les meubles, les électroménagers… et parfois la maison ! La contribution doit donc être équitable et devrait se faire au prorata du salaire et non moitié-moitié, comme nous l’entendons si souvent au SEP. Pourquoi une femme qui gagne 40 000$ par année devrait-elle payer la moitié des dépenses alors que son conjoint, lui, gagne 100 000$ ? Par quelle équation mathématique en arrivons-nous à ce partage ? Il y aurait encore beaucoup de choses à dire à ce sujet, mais je vous laisse sur ces quelques exemples de pièges à éviter en matière de partage des dépenses. Bon budget !
Quelques pièges à éviter…
• Le compte commun
Si l’un des deux est mauvais payeur, le compte pourrait faire l’objet d’une saisie. Embêtant lorsque sa paie y est déposée ! En cas de décès, les fonds seront gelés pour un temps. En cas de rupture ou de conflit, celui ou celle qui déserte peut vider le compte et prendre le large. Ce qui n’empêche pas d’ouvrir un compte commun pour y verser des sommes attribuées à un projet particulier.
• L’hypothèque et le mobilier payés par lui; l’épicerie et les vêtements par elle
Lorsque survient la rupture, il ne restera rien à madame, qui n’a investi que dans des biens périssables. Encore plus vrai si l’on vit en union de fait, qui ne donne pas droit au patrimoine familial. Il faut conserver les factures et y inscrire le pourcentage que chacun a payé pour pouvoir partager les biens durables dans la même proportion.
• Le partage moitié-moitié quand il existe une disproportion entre les revenus
La personne la moins nantie (souvent la femme) s’appauvrit encore plus, car tous ses avoirs passent dans les dépenses du ménage. Il ne reste pratiquement rien pour l’épargne et les besoins personnels.
Source : Fric et féminisme – Le fossé, Sophie Malavoy, consulté en ligne le 21 mars 2010 http://www.csf.gouv.qc.ca/gazette/article.php?article=3548&recherche=&auteure=0&theme=10154
Comment les femmes gèrent-elles leur argent? Suzanne Décarie, consulté en ligne le 22 mars 2010
http://www.madame.ca/Votrevie/societeettravail/comment-les-femmes-gerent-elles-leur-argent-n234790p1.html